Cette note d’analyse étudie la récente annonce par le Président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, à l’occasion de la commémoration du 80e anniversaire « du massacre des tirailleurs sénégalais » au camp militaire de Thiaroye, de sa volonté de fermer les bases militaires françaises au Sénégal. Cette décision intervient dans un contexte régional où d’autres pays ouest-africains ont demandé le départ des militaires français et la fermeture des bases françaises dans leur pays. Cette étude souligne la façon dont le pouvoir sénégalais profite de la fenêtre offerte par la commémoration pour redéfinir les relations entre le Sénégal et la France, ce qui lui permet d’afficher une posture souverainiste par rapport à des vestiges mémoriels et militaires de la colonisation.
Cette note s’attache d’abord à replacer l’évènement de Thiaroye dans des relations historiques autour de la notion de la « dette de sang » militaire éprouvée entre les deux pays. Elle souligne ensuite comment la mise sous silence de l’évènement après les indépendances constitue une forme d’injustice et de persistance de dynamiques coloniales. Cette note explique également la façon dont la France a réutilisé la notion de « dette de sang » afin de justifier son retour militaire dans la région. Enfin, elle revient sur le contexte politique qui en 2024 a permis au nouveau Président sénégalais de se réapproprier ce registre mémoriel au service du souverainisme sénégalais.
Crédit photo : Fresque murale à Dakar commémorant le massacre de Thiaroye en 1944 – Alex Gorzen, Flickr, licence Creative Commons 2.0.