7 juillet 2020
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États-Unis : un aperçu de la réponse fédérale aux violences d’extrême droite

Le 3 août 2019, un homme armé a ouvert le feu dans un Walmart d’El Paso, au Texas, tuant 22 personnes et en blessant 24 autres[1]. Si les tueries de masse sont une forme de violence récurrente aux États-Unis, celle-ci se distingue par les motivations ouvertement racistes, anti hispaniques et suprémacistes du meurtrier[2]. L’attaque d’El Paso fait de plus écho à une série de violences médiatisées commises par des individus proches des milieux d’extrême droite aux États-Unis (à Charlottesville[3] et Charleston[4], ou plus récemment l’affaire Ahmaud Arbery en Géorgie[5]), mais aussi à travers le monde (à Christchurch,
en Nouvelle-Zélande[6] et à Utoya, en Norvège[7]).

L’analyse des violences d’extrême droite pose de nombreux défis pour les autorités publiques ; la définition de ce qu’elles recouvrent étant elle-même floue. Dans sa compréhension la plus inclusive, l’extrême droite américaine comprend une multiplicité de mouvements qui peuvent être résumés en trois catégories[8], représentées à la page suivante.

Au-delà de cette schématisation, il faut garder à l’esprit que ces groupes restent difficiles à circonscrire : ils ont des contours incertains et ils peuvent s’interpénétrer du fait d’idéologies qui se recoupent.

Meurtres ciblés, attaques à la bombe ou à la voiture-bélier, la forme des violences commises au nom de ces idéologies varie selon les lieux, les auteurs et aussi les époques. Les groupes d’extrême droite intègrent aussi des paramètres comme la mondialisation, s’approprient des théories (ré)émergentes comme celle du grand remplacement[9] et utilisent les outils technologiques contemporains à disposition comme les réseaux sociaux, qui leur servent de plateformes de propagande pour diffuser un narratif où les fake news abondent[10]. Les autorités américaines sont ainsi confrontées à une menace qui se réinvente sur différents plans (idéologie, modes opératoires, structures, etc.) et dont les contours restent flous.

Figure 1. Une catégorisation de l’extrême droite américaine

(cliquer pour agrandir)

Source : GRIP, d’après ADL, 2020.

L’État américain étant articulé sur plusieurs niveaux (l’État fédéral, les États fédérés, mais aussi, en matière de sécurité et de justice, les comtés et les municipalités), on observe des disparités territoriales dans la réponse publique apportée aux défis posés par l’extrême droite violente. Cet Éclairage se limitera à l’examen des mesures prises au niveau fédéral. Plus spécifiquement encore, ce texte s’intéresse à la manière dont les autorités fédérales américaines ont fait évoluer leurs outils juridiques et leurs modes opératoires afin de relever le défi que posent les groupes d’extrême droite violents à la sécurité intérieure.

La démarche repose sur trois étapes. La première identifie les principales évolutions ayant récemment affecté les groupes haineux et leurs impacts sur la redéfinition des priorités des autorités fédérales. La seconde explore les projets et actions en cours au sein des instances exécutives de l’État fédéral afin d’apporter une réponse à ces évolutions. La troisième interroge la nécessité d’adapter le cadre législatif aux nouveaux enjeux et pratiques des instances fédérales, afin de structurer la réponse étatique sur le long terme.

Les nouveaux défis posés par les groupes d’extrême droite violents

Les mouvements d’extrême droite ou leur prémices font partie du paysage politique américain depuis au moins un siècle et demi, quoique la définition d’extrême droite soit relativement récente, d’où une difficulté de définir avec précision une genèse. Les violences perpétrées par ces groupes ne sont pas nouvelles, mais accompagnent des décennies de pénétration de ces idéologies et d’activisme au sein de la société. Elles ont connu un pic dans les années 1920 et 1930 puis encore dans les 1950 et 1960 notamment avec les nombreux crimes racistes commis par le Ku Klux Klan (KKK)[xi]. Depuis les années 1970, ces violences sont moins fréquentes, mais elles restent récurrentes et parfois spectaculaires, à l’image de l’attentat d’Oklahoma City de 1995[xii]. Après les attentats du 11 septembre 2001, l’attention publique et médiatique s’est focalisée sur les violences de type islamiste. Cependant, plusieurs observateurs reconnus du phénomène des violences extrémistes, en tête de file l’Anti-Defamation League (ADL)[xiii], appellent aujourd’hui à plus de vigilance envers les groupes d’extrême droite dont ils soulignent la montée en puissance[xiv].

Pour comprendre cet appel à la vigilance, il faut s’intéresser aux récentes statistiques sur les violences. Entre 2007 et 2011, l’extrême droite était responsable d’au plus cinq attaques par an caractérisées comme terroristes[xv]. En 2012, ce nombre est passé à 14, un chiffre qui s’est maintenu en moyenne les années suivantes. En 2017, ce sont 31 incidents de ce type qui ont été répertoriés[xvi]. Les attaques s’intensifient donc ces dernières années. Elles sont aussi de plus grande ampleur, puisque cinq fusillades de masse ont été enregistrées en 2018 (causant à elles seules 38 morts), contre une seule en 2017[xvii].

Les violences d’extrême droite font aussi plus de victimes. En 2018, 50 personnes sont mortes dans des incidents liés à ces groupes, soit 35 % de plus qu’en 2017[xviii]. Il s’agit du niveau de mortalité le plus élevé depuis 1995 et l’attentat d’Oklahoma City. On remarque que les armes à feu restent largement prédominantes dans les crimes répertoriés. Elles sont responsables de la mort de 42 des 50 victimes de 2018[xix]. De plus, l’extrême droite est responsable en 2018 de 98 % des morts liées aux violences extrémistes sur le territoire américain (soit 49 victimes sur 50), contre 62 % en 2017 et 21 % en 2016. S’il est encore prématuré de parler d’une nouvelle tendance, ces chiffres traduisent un recours plus marqué à la violence dans le cadre d’incidents plus nombreux et d’avantage mortels[xx].

Au niveau de leur structuration, on note des changements substantiels dans la façon dont ces groupes et ces individus se présentent, s’organisent et diffusent leurs idées[xxi]. Les groupes haineux se sont particulièrement bien adaptés à l’ère des médias sociaux, des forums en ligne et autres sites Web et, en particulier, aux applications de messagerie qui leur permettent de « se connecter avec des individus de même mentalité, de radicaliser certaines audiences tout en en intimidant d’autres, et finalement de recruter de nouveaux membres, dont certains passent à l’acte et commettent des crimes de haine ou des actes terroristes »[xxii].

On observe également une nouvelle forme d’internationalisation des groupes d’extrême droite avec la constitution de réseaux transnationaux. Internet a permis à ces acteurs de se connecter plus facilement les uns aux autres, d’échanger leurs idées et de construire leurs mouvements au-delà du territoire américain[xxiii]. Par exemple, le groupe néo-nazi Atomwaffen Division[xxiv], fondé aux États-Unis en 2015, a désormais plusieurs branches dans d’autres pays, dont la Sonnenkrieg Division (au Royaume-Uni) et la Feuerkrieg Division (dans les pays baltes). Il serait également actif au Canada et en Allemagne[xxv].

En parallèle, les individus s’identifient aussi plus facilement à des idéologies qui s’inscrivent de plus en plus dans un espace globalisé, certains groupes liés au suprémacisme blanc se percevant, par exemple, comme faisant partie d’un seul et unique « collectif blanc » mondial[xxvi]. Ils s’identifient également plus facilement à d’autres extrémistes étrangers dont les actes et les idées ont été diffusés via les nouvelles technologies d’information et de communication. Ainsi, l’auteur américain de la tuerie d’El Paso au Texas a cité comme une de ses « inspirations » [xxvii] l’Australien responsable de la tuerie de Christchurch en Nouvelle-Zélande qui avait diffusé son attaque en direct sur les réseaux sociaux[xxviii].

Les mouvements d’extrême droite aux États-Unis changent donc progressivement de visage ces dernières années. Ils deviennent plus violents, mais s’inscrivent aussi dans de nouvelles logiques transnationales et digitales, d’où la nécessité pour les autorités compétentes de faire évoluer leur réponse.

Des adaptations salutaires mais limitées en nombre et en portée

Depuis le début de sa présidence, Donald Trump a créé la polémique pour son positionnement ambigu (voir complaisant) envers les groupes d’extrême droite, en particulier au moment de l’attaque de Charlottesville en 2017[xxix]. Son administration a également été critiquée pour son manque d’actions face aux récentes évolutions des violences (évoquées ci-dessus)[xxx].

Au sommet de l’exécutif fédéral, la Maison-Blanche supervise les activités de plusieurs acteurs clés de la lutte contre les violences d’extrême droite, en particulier le ministère de la Sécurité intérieure[xxxi] (Department of Homeland Security—DHS) et le Bureau fédéral d’investigation (Federal Bureau of Investigation—FBI). Ces organes ont engagé une série de mesures spécifiques ces derniers mois afin de répondre aux évolutions de la menace posée par les groupes extrémistes et faire taire les critiques.

En septembre 2019, le DHS a publié un nouveau « Cadre stratégique pour contrer le terrorisme et les violences ciblées[xxxii] » dont l’objectif est d’exposer les évolutions de la menace terroriste dans le pays et de proposer une réponse adaptée. La lutte contre les groupes suprémacistes blancs y est définie comme une priorité majeure, une volonté assumée par le directeur du DHS d’alors, Kevin McAleenan, qui veut une réponse ferme à l’attaque d’El Paso[xxxiii]. La démarche retenue cherche à optimiser la récolte d’information et la réalisation d’études de long-terme sur ces groupes, à financer des formations sur la prévention ainsi que des entraînements dans les écoles pour former les élèves en cas d’attaques. Il s’agit d’une première significative pour le DHS, mais elle souligne aussi un déficit important dans la connaissance de ce type de mouvements, confirmant que l’agence a des lacunes et sans doute un temps de retard dans ce domaine. À noter que le DHS a aussi annoncé en avril 2020 un programme de bourses de dix millions USD afin de soutenir des initiatives locales de prévention contre les violences terroristes et les crimes de haine et renforcer la résilience des communautés à ce type de violences[xxxiv].

Le FBI a lui aussi pris conscience de cette menace. En février 2020, le directeur du FBI Christopher Wray a désigné les violences extrémistes racialement motivées comme « menace prioritaire nationale » pour l’année 2020[xxxv], afin de prouver sa mobilisation autour de cet enjeu. Le bureau a également mené des arrestations médiatisées au début de l’année 2020 contre le groupe suprémaciste The Base[xxxvi] et le groupe néonazi Atomwaffen Division[xxxvii]. Lors d’une audition devant le Congrès en mai 2019, Michael McGarrity, alors chef de la division contre-terrorisme du FBI, a confirmé que 850 enquêtes pour « terrorisme domestique » étaient ouvertes, estimant que la « vaste majorité » des suspects avaient un lien avec une idéologie raciste (40 % des individus), avec un mouvement antigouvernemental ou un sentiment « anti-autorités »[xxxviii]. Il précise également que l’agence a renforcé ses collaborations avec les grandes entreprises de médias sociaux afin de lutter contre la radicalisation en ligne. Le FBI a également créé au printemps 2019 une nouvelle cellule, la Domestic Terrorism-Hate Crimes Fusion Cell[xxxix], qui réunit des membres des divisions antiterrorisme et investigations criminelles du FBI afin d’éviter des failles dans le partage d’informations et la détection de menaces.

De son côté, le 6 avril 2020, le ministère des Affaires étrangères (Department of State — DoS) a annoncé la désignation d’un groupe ultranationaliste et suprémaciste blanc, le « Russian Imperial Movement » (RIM), comme organisation terroriste[xl].

Cette désignation devrait permettre d’empêcher les citoyens américains d’interagir avec le groupe, de le soutenir financièrement ou matériellement et de saisir tous ses biens présents sur le territoire américain. C’est le premier groupe d’extrême droite à intégrer cette liste ; une décision sans précédent pour Washington qui souhaite envoyer un signal fort et affiche sa volonté de prendre des mesures fortes contre ce type de mouvements[xli]. Cependant, cette désignation reste plutôt consensuelle, car elle vise un groupe fondé et actif en Russie. L’administration américaine manque ainsi une occasion de se confronter au caractère transnational des nouveaux groupes d’extrême droite et persiste à distinguer menace domestique et menace internationale.

Si ces mesures prises par les différents ministères et agences confirment qu’ils se sont pour partie saisis de l’enjeu des violences d’extrême droite, il faut souligner, d’une part, l’accent fort mis sur la lutte contre les groupes liés au mouvement suprémaciste blanc et aux idéologies racistes, et d’autre part, l’absence de mesures particulières contre les groupes antigouvernementaux.

De plus, cette réponse n’est pas optimale en raison de lacunes structurelles. En effet, ces mesures prises au sein des agences ne sont pas « institutionnalisées »[xlii] comme le souligne Elizabeth Neumann, du bureau de prévention de la menace au DHS, c’est-à-dire qu’il n’existe pas de loi fédérale encadrant ces nouvelles actions. Aucune stratégie particulière définie par la Maison-Blanche par le biais d’un ordre exécutif ou d’un mémorandum présidentiel n’a été formulée[xliii], une lacune commune aux dernières présidences, que ce soit celles d’Obama ou de Trump, qu’on aurait pensé susceptibles de se saisir du dossier.

Mary McCord, directrice de l’Institut pour la protection et le plaidoyer constitutionnel (Institute for Constitutional Advocacy and Protection — ICAP) de l’université de Georgetown et ancienne procureure générale adjointe à la sécurité nationale (2016-2017), va plus loin et considère que les instances fédérales sont plus « limitées » [xliv] dans leur capacité d’actions en matière de lutte contre l’extrême droite. Elle estime qu’à menace égale, l’État fédéral dispose de plus de leviers légaux afin de mener des enquêtes, interpeller des suspects et établir des programmes de prévention contre les groupes terroristes étrangers que contre les groupes d’extrême droite américains.

Les agences fédérales restent par ailleurs dépendantes du soutien de la Maison-Blanche et de ses financements, ce qui peut créer des tensions internes. Par exemple, en 2017, la Maison-Blanche a réduit le budget du bureau des partenariats de prévention au terrorisme (Office of Terrorism Prevention Partnerships) à une peau de chagrin (de 21 millions USD sous Obama à 3 millions USD sous Trump). Elle a également mis fin aux bourses de financement de programmes de lutte contre les violences extrémistes (CVE) dont le projet « Life After Hate » dédié à la réinsertion sociale des anciens néonazis et suprémacistes blancs[xlv].

De manière générale, si l’on peut regretter que la réponse fédérale ne prenne pas pleinement en compte les caractéristiques et les récentes évolutions du phénomène des violences d’extrême droite, les nouvelles initiatives des instances fédérales sont des signaux positifs qui confirment une volonté d’adaptation aux défis posés. Au cœur de ces nouvelles initiatives, on peut relever l’usage croissant du terme de « terrorisme » voire de « terrorisme domestique », qui traduit une volonté nouvelle des autorités de placer la menace d’extrême droite à égal de la menace djihadiste. Cette évolution dans le narratif déployé permet aux autorités de signaler qu’elles ont conscience de la menace et la volonté d’y répondre avec fermeté. Cependant, cette pratique ouvre également la voie à de nouvelles interrogations, en particulier au niveau juridique.

La notion de « terrorisme domestique » au cœur d’une réforme législative attendue

Jusqu’à présent, les auteurs de violences d’extrême droite aux États-Unis sont jugés et condamnés sur la base de plusieurs législations fédérales clés, en particulier les lois contre la violence raciale[xlvi]. L’auteur de la tuerie d’El Paso a ainsi été mis en examen pour 90 chefs d’accusation, dont des faits de crime de haine et de détention d’armes. Cependant, il ne sera pas jugé pour terrorisme, même si le ministère fédéral de la Justice a décrit son acte comme « un acte de terrorisme domestique[xlvii]. » Pour comprendre pourquoi, il faut examiner les lois fédérales anti-terroristes[xlviii] américaines.

Tout d’abord, on peut rappeler que terrorisme reste un terme relativement récent d’un point de vue juridique, qu’il n’existe pas de définition universelle et consensuelle de ce terme et qu’il est sujet à des interprétations et même à des instrumentalisations selon les contextes et les sociétés considérées. Le droit positif américain associe la notion de terrorisme à une menace extérieure[xlix]. Il est donc difficile pour les juges, qui s’appuient largement sur la jurisprudence, de qualifier ainsi les violences d’extrême droite perpétrées sur le sol américain par ses citoyens.

Par ailleurs, la législation fédérale sur le terrorisme reste également strictement limitée dans le type d’incidents qu’elle peut prendre en compte. On dénombre 57 actes spécifiques définis par la législation fédérale comme pouvant relever du terrorisme (si associés à des motivations idéologiques radicales)[l]. Cette liste ne prend pas en compte des incidents tels que les attaques armées contre des civils, les attaques à la voiture-bélier ou bien le stockage d’armes de gros calibre à des fins malveillantes[li], ce qui limite là encore les options des juges fédéraux.

Curieusement, on relève que l’acte de « terrorisme domestique » existe bien dans le droit américain depuis 1992[lii], mais qu’il n’est associé à aucune sanction légale[liii]. On comprend alors mieux pourquoi les juges préfèrent s’appuyer sur une jurisprudence volumineuse contre la violence raciale. La démarche garantit déjà des peines à hauteur de la gravité des faits, même si elle a aussi pour effet de réduire les possibilités d’un examen plus exhaustif des motivations idéologiques et politiques des accusés.

Cette pratique est quelque peu en décalage avec le choix stratégique opéré par les différentes agences et ministères qui ont précisément structuré leur récente réponse aux violences d’extrême droite autour de ces notions de terrorisme et de terrorisme domestique. L’absence d’une cohérence et de continuité entre dans les approches policières et judiciaires crée un vide à la fois légal et symbolique auquel il conviendrait de remédier[liv].

Conscient de cet enjeu, le Congrès[lv] réfléchit à la possibilité de créer une nouvelle législation fédérale spécifique afin de clarifier la notion d’un terrorisme strictement intérieur. La démarche permettrait d’établir une définition légale claire de ce type d’actes et des peines encourues, mais aussi d’y associer des mandats exécutifs pérennes, c’est-à-dire d’entériner le rôle des agences et organismes fédéraux responsables de la lutte contre ce terrorisme domestique[lvi]. Une première étape de ce processus s’est concrétisée le 11 mars 2020, avec l’approbation (à 24 voix contre 2) par le comité judiciaire de la Chambre, l’un des vingt comités de la Chambre des Représentants, d’une première version du « Domestic Terrorism Prevention Act 2020 »[lvii]. Le texte, introduit par le démocrate Brad Schneider, pourrait être prochainement présenté pour un vote en session plénière à la Chambre.

On peut s’interroger sur l’aspect tardif de cette réforme, alors que les actes pouvant relever du terrorisme domestique, qu’il soit d’extrême gauche, d’extrême droite ou religieux, sont loin d’être une donnée nouvelle aux États-Unis. Il convient néanmoins d’éviter de lire la politique américaine et la législation fédérale du pays avec des yeux d’Européens. Il faut en effet garder en tête, d’une part, que le système judiciaire fédéral dispose déjà de lois (les lois contre les violences raciales, contre les crimes financiers, la possession illégale d’armes, etc.) qui permettent de condamner de manière adéquate les auteurs de faits violents ; il n’existe donc pas de besoin législatif urgent.

D’autre part, la question d’une loi sur le terrorisme domestique se heurte à des enjeux constitutionnels majeurs qui divisent les membres du Congrès. Le Premier Amendement (First Amendment) à la Constitution américaine garantit à tout citoyen américain la liberté d’opinion et d’expression, la liberté religieuse ainsi que la liberté de rassemblement[lviii]. Cette protection s’étend également aux groupes aux idéologies haineuses, ce qui explique pourquoi le Ku Klux Klan ou bien le néonazisme ne sont pas interdits en soi aux États-Unis ; les récentes manifestations et contre-manifestations du mouvement Black Lives Matter dans le cadre de la mort de George Floyd ont d’ailleurs rouvert le débat à ce sujet[lix]. En d’autres termes, l’adhésion à une idéologie quelle qu’elle soit, l’appartenance à un groupe (extrémiste ou non), le soutien financier ou matériel à ce type de groupes, ne sont pas en soi punissables par la loi (sauf en cas de lien prouvé avec un groupe terroriste étranger)[lx], car ces activités relèvent de la liberté individuelle. Comme le souligne Brad Wiegmann, un haut cadre du département de la Justice, la situation légale reste épineuse et « hautement problématique »[lxi]. Elle explique que le Congrès ait jusqu’ici préféré repousser les débats.

L’introduction d’une législation sur le terrorisme domestique fait craindre des dérives sécuritaires, en particulier le risque de voir des groupes minoritaires être ciblés de manière disproportionnée[lxii]. La Leadership Conference on Civil & Human Rights, une coalition de 220 organisations issues de la société civile, affiche néanmoins son soutien au texte de Schneider tout en appelant à la vigilance des législateurs sur les risques de voir la nouvelle loi être « utilisée pour cibler des communautés marginalisées » et de perpétuer des biais cognitifs et des discriminations[lxiii]. La coalition pointe en particulier la vulnérabilité des musulmans, des immigrants et des noirs à ces possibles abus systémiques. Si le texte présenté par Schneider emporte l’adhésion de la Leadership Conference on Civil & Human Rights, c’est surtout parce qu’il se concentre sur la création d’unités anti-terrorisme domestique au sein des différents ministères, sur l’établissement de rapports d’études réguliers sur le sujet et sur la structuration de programmes de préventions[lxiv]. À l’instar des initiatives déjà engagées par les agences, le texte assume sa volonté de répondre avant tout à la menace posée par le suprémacisme blanc et les néonazis.

Conclusion

Les groupes d’extrême droite aux États-Unis connaissent un regain de violence qui exige une réponse adéquate de la part des autorités américaines. En effet, si celles-ci ont pris conscience du danger, elles doivent rattraper un retard conséquent dans l’établissement d’une stratégie efficace, c’est-à-dire d’une législation claire et équilibrée qui, en plus de baliser l’action de nature policière, doit permettre une forme de continuité à l’étape judiciaire. L’établissement d’une nouvelle stratégie par le DHS, la création d’une nouvelle cellule au FBI et la présentation d’un projet de loi sont autant d’indices qui confirment un tournant relativement récent dans l’approche des autorités.

Ceci dit, la réponse mise en place se focalise sur les risques liés aux groupes racistes et suprémacistes, qui ne forment pourtant qu’une partie de l’extrémisme de droite. Cette approche a été retenue au détriment d’une compréhension plus englobante du phénomène des violences d’extrême droite. On peut le déplorer alors que les Patriots et autres activistes anti-gouvernementaux armés restent des mouvements actifs sur le territoire américain.

Par ailleurs, la structuration de la réponse étatique autour du concept de « terrorisme domestique », dans une volonté de placer la menace d’extrême droite à égal de la menace djihadiste, pourrait ouvrir la voie à des dérives sécuritaires. À l’heure où la société américaine se divise sur les questions du rôle et des modes opératoires de sa police sur fond de racisme et d’héritage esclavagiste, le débat à venir sur ce projet de loi s’annonce ainsi particulièrement houleux.

Auteure

Solène Jomier est chercheure au GRIP depuis mars 2020. Elle est titulaire d’un master en Relations Internationales de l’Université de Warwick (Royaume-Uni) et est diplômée de l’Institut d’Etudes Politiques (IEP) de Rennes.

Crédit photo : Alt-right members preparing to enter Emancipation Park holding Nazi, Confederate, and Gadsden “Don’t Tread on Me” flags (Anthony Crider)

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États-Unis : un aperçu de la réponse fédérale aux violences d’extrême droite

 

[1]. KIMBALL Spencer, « 20 dead in mass shooting at Walmart in El Paso—suspect in custody »,
U.S News, CNBC, 3 août 2019.

[2]. LAVANDERA Ed, HANNA Jason, « El Paso suspect told police he was targeting Mexicans, affidavit says », CNN, 9 août 2019.

[3]. AFP, « “Les gens ont volé en l’air”: un témoin raconte l’attaque d’un néonazi américain », L’Express, 30 novembre 2018.

[4]. 20 minutes avec AFP, « Fusillade à Charleston : Le suspect voulait “déclencher une guerre raciale” », 20 minutes, 19 juin 2015.

[5]. COLLINS Sean, « The killing of Ahmaud Arbery, an unarmed black jogger in Georgia, explained », Vox, 22 mai 2020

[6]. Le Monde avec AFP, « Attentat en Nouvelle-Zélande : ce que l’on sait de l’attaque terroriste contre deux mosquées à Christchurch », Le Monde, 15 mars 2019.

[7]. Le Monde avec AFP et Reuters, « Norvège : le suspect est un “fondamentaliste chrétien” proche de l’extrême droite », Le Monde, 23 juillet 2011.

[8]. « Extreme Right / Radical Right / Far Right », Anti-Defamation League (ADL), consulté le 20 mai 2020.

[9]. Le grand remplacement est une théorie complotiste, anti-internationaliste et xénophobe qui affirme qu’il existe un processus planifié d’invasion et de substitution des populations blanches par des populations non-blanches. Elle a été popularisé par un ouvrage du même nom publié en 2011 par l’auteur d’extrême droite Renaud Camus.

[10]. JONES Seth G., « The Rise of Far-Right Extremism in the United States », CSIS Briefs, Center for Strategic and International Research (CSIS), Washington DC, 7 novembre 2018.

[xi]. La lutte contre les régimes fascistes lors de la Seconde Guerre mondiale n’est pas étrangère au recul connu au niveau interne dans les années 1940.

[xii]. Le 19 avril 1995, 168 personnes meurent et 680 autres sont blessées dans l’explosion d’un camion piégé dans un bâtiment fédéral d’Oklahoma City. L’auteur est Timothy McVeigh, un extrémiste antigouvernemental. GRAFF Garrett M., « 25 Years After Oklahoma City, Domestic Terrorism Is on the Rise », WIRED, 19 avril 2020.

[xiii]. PITCAVAGE Mark, « Murder and Extremism in the United States in 2018 », ADL Center on Extremism, Anti-Defamation League, janvier 2019, p. 10.

[xiv]. MACFARQUHAR Neil, « As Domestic Terrorists Outpace Jihadists, New U.S. Law Is Debated », The New York Times, 23 février 2020. On dissocie ici menace domestique et menace internationale, ce dernier terme englobant les menaces représentées par des groupes étrangers internationaux comme Al-Qaida et l’organisation État islamique. Les attaques revendiquées par ces groupes, y compris celles commises sur le sol américain par des citoyens américains, sont considérées comme internationales.

[xv]. JONES Seth G., op. cit.

[xvi]. JONES Seth G., op. cit.

[xvii]. PITCAVAGE Mark, op. cit. p. 10.

[xviii]. PITCAVAGE Mark, op. cit. p. 19.

[xix]. PITCAVAGE Mark, op. cit. p. 19 ; Les huit autres victimes sont mortes dans des attaques à l’arme blanche ou par lynchage.

[xx]. La montée des violences d’extrême droite n’est pas un phénomène spécifique aux États-Unis mais s’inscrit dans une tendance plus globale. BRZOZOWOSKI Alexandra, « Far-right terrorism has more than tripled over last four years, report warns », Euractiv, 20 novembre 2019.

[xxi]. CONWAY Maura, SCRIVENS Ryan, MACNAIR Logan, « Right-Wing Extremists’ Persistent Online Presence: History and Contemporary Trends », ICCT Policy Brief, International Center for Counter-Terrorism – The Hague, octobre 2019.

[xxii]. CONWAY Maura, SCRIVENS Ryan, MACNAIR Logan, op. cit.

[xxiii]. CAI Weiyi, LANDON Simone, « Attacks by White Extremists Are Growing. So Are Their Connections », The New York Times, 3 avril 2019.

[xxiv]. Nom dont la traduction littérale serait la Division Armes atomiques.

[xxv]. « Atomwaffen Division », The Counter Extremism Project, consulté le 15 juin. « Atomwaffen Division (AWD) », ADL, consulté le 15 juin.

[xxvi]. CAI Weiyi, LANDON Simone, loc cit.

[xxvii]. FISHER Mark, « A weekend of mass murder reflects how American violence goes viral », The Washington Post, 5 août 2019.

[xxviii]. Le 15 mars 2019, 51 personnes sont mortes dans des attaques armées contre deux mosquées situées à Christchurch, en Nouvelle Zélande. L’auteur est Brenton Tarrant, un australien de 28 ans qui revendique l’attaque dans un manifeste islamophobe et conspirationniste intitulé « le Grand Remplacement ». Il diffuse également son attaque en live sur Facebook.

[xxix]. En août 2017, des milliers d’activistes issus de mouvements néo-nazis et suprémacistes blancs se réunissent à Charlottesville, en Virginie, lors du rassemblement Unite The Right. Le 12 août, une contre-manifestation organisée par des groupes pacifistes est visée par une attaque à la voiture bélier, qui fait un mort. Le conducteur, James Alex Fields Jr, un sympathisant d’extrême droite, est arrêté. Des tensions affleurent entre pro et anti Unite The Right. Le président Trump appelle à l’apaisement, affirmant « il y avait des gens très bien des deux côtés ». GRAY Rosie, « Trump Defends White-Nationalist Protesters: “Some Very Fine People on Both Sides” », Politics, The Atlantic, 15 août 2017.

[xxx]. GILSINAN Kathy, « DHS Is Finally Going After White Supremacists. It’s Not Going to Be Simple », The Atlantic, 20 septembre 2019. REITMAN Janet, « U.S. Law Enforcement Failed to See the Threat of White Nationalism. Now They Don’t Know How to Stop It. », The New York Times, 3 novembre 2018. MARCOS Cristina, « Democrats press FBI, DHS on response to white supremacist violence », The Hill, 22 août 2019. WINTER Jana, WALKER Hunter, « Here’s the data on white supremacist terrorism the Trump administration has been ‘unable or unwilling’ to give to Congress », Yahoo News, 9 août 2019.

[xxxi]. Le ministère de la Sécurité intérieure (DHS) ne doit pas être confondu avec le Département de l’intérieur (Department of Interior) qui est en charge de la gestion des terres par l’État fédéral américain.

[xxxii]. Department of Homeland Security (DHS), Strategic Framework For Countering Terrorism And Targeted Violence, septembre 2019.

[xxxiii]. GILSINAN Kathy, loc. cit.

[xxxiv]. Homeland SecurityDHS Makes $10 Million in Funding Available for Targeted Violence and Terrorism Prevention Grants, communiqué de presse, 21 avril 2020.

[xxxv]. DONAGHUE Erin, « Racially-motivated violent extremists elevated to “national threat priority,” FBI director says » CBS NEWS, 5 février 2020.

[xxxvi]. BBC NEWS, « FBI arrests three more members of right wing extremist group ‘The Base’ »,
BBC News, 17 janvier 2020.

[xxxvii]. MALLIN Alexander, BARR Luke, « Justice Department announces nationwide arrests of members of neo-Nazi Atomwaffen group », ABC News, 26 février 2020.

[xxxviii]. LEVINE Mike, « Feds now tracking 850 possible domestic terrorists across US, as white supremacy cases jump: Officials », ABC News, 8 mai 2019.

[xxxix]. DONAGHUE Erin, loc. cit.

[xl]. US Department of State, Briefing on the United States Designation of the Russian Imperial Movement and Its Leaders as Global Terrorists, Special Briefing, 6 avril 2020.

[xli]. Le DoS a également ajouté trois leaders du RIM, Stanislav Anatolyevich Vorobyev, Denis Valliullovich Gariev et Nikolay Nikolayevich Trushchalov, à la liste des terroristes reconnus (Specially Designalte Global Terrorists—SDGT).

[xlii]. ALLAM Hannah, « 5 Takeaways About The Trump Administration’s Response To Far-Right Extremism », NPR, 7 juin 2019.

[xliii]. ALLAM Hannah, loc. cit.

[xliv]. PASCUS Brian, « What is “domestic terrorism” and what can law do about it? », CBS News, 10 août 2019.

[xlv]. BEINART Peter, « Trump Shut Programs to Counter Violent Extremism », The Atlantic, 29 octobre 2018.

[xlvi]. Pour une liste complète, voir https://www.justice.gov/hatecrimes/laws-and-policies

[xlvii]. KENNEDY Merrit, « U.S. Charges Suspect In El Paso Walmart Shootings With Hate Crimes », NPR,
6 février 2020.

[xlviii]. Pour une liste complète, voir https://www.legislationline.org/topics/country/54/topic/5

[xlix]. PASCUS Brian, loc. cit.

[l]. MACFARQUHAR Neil, loc. cit.

[li]. MACFARQUHAR Neil, loc. cit.

[lii]. PASCUS Brian, loc. cit.

[liii]. ALLEN Karma, « Why domestic terror designation in El Paso shooting likely won’t result in terrorism charges », ABC News, 7 août 2019.

[liv]. PASCUS Brian, loc. cit.

[lv]. Le Congrès est le corps législatif bicaméral américain. Il est composé de la Chambre des Représentants (House of Representatives) et du Sénat. Il élabore, examine et vote les projets de lois fédérales.

[lvi]. RUBIN Jennifer, « In case you thought there couldn’t be more bad news: Anti-Semitism is spiking », Opinions, Washington Post, 13 mai 2020.

[lvii]. SCHNEIDER Brad/US Congress, Domestic terrorism prevention act of 2020 passed by house judiciary committee, communiqué de presse, 11 mars 2020.

[lviii]. « First Amendment », National Constitution Center, consulté 17 juin 2020.

[lix]. PALMER Ewan, « Hundreds of Thousands Sign Petitions Urging the U.S. Government to Declare KKK a Terrorist Group », Newsweek, 9 juin 2020.

[lx]. PASCUS Brian, loc. cit.

[lxi]. ALLEN Karma, loc. cit.

[lxii]. AZIZ Sahar, « A domestic terror law could quash political dissent in the US», Al Jazeera, 13 juin 2020.

[lxiii]. The Leadership Conference on Civil & Human Rights, Support the Domestic Terrorism Prevention Act, Lettre ouverte, CivilRights.org, 10 mars 2020.

[lxiv]. 116th US Congress, H.R.5602 – Domestic Terrorism Prevention Act of 2020, introduit le 14 janvier 2020, mais non ratifié.

Dépasser les frontières ? Limites de l’approche stato-centrée de la MINUSMA face à la violence transnationale dans le Sahel

La Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation du Mali (MINUSMA), déployée depuis 2013, a été confrontée à une dégradation de la situation sécuritaire au Mali depuis son lancement, ainsi qu’à la propagation du terrorisme dans le Sahel. Les divers groupes islamistes, profitant de la faiblesse des États dans la région utilisent la porosité relative des frontières pour se procurer des revenus à travers le trafic, mais aussi comme opportunité spatiale afin d’échapper aux forces nationales et internationales présentes.

Si certaines de ces dernières ont la possibilité d’agir au-delà des frontières, ce n’est pas le cas de la MINUSMA. Celle-ci, dans la continuité de plus d’un demi-siècle de missions de maintien de la paix, voit son champ d’action limité au territoire d’un seul pays, le Mali. Pourtant, une tentative de conceptualisation régionale existe bel et bien au travers de la Stratégie intégrée des Nations unies pour le Sahel ; sans résultats probants. Une preuve en est le partage d’information extrêmement ténu entre la MINUSMA et les autres initiatives des Nations unies, comme les équipes de pays…

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Crédit photo : Kidal, Mali (UN Photo/Marco Dormino)

Consulter le site de l’Observatoire Boutros-Ghali du maintien de la paix

Afghanistan : quelles perspectives pour l’accord de « paix » entre les États-Unis et les talibans ?

Le 29 février 2020, l’envoyé spécial des États-Unis, Zalmay Khalilzad et le négociateur en chef des talibans, le mollah Abdul Ghani Baradar, ont signé au Qatar un accord prévoyant le départ des troupes étrangères d’Afghanistan. En contrepartie, les talibans ont consenti à quatre concessions : 1) un cessez-le-feu, 2) des garanties de sécurité pour le retrait progressif des forces étrangères, 3) l’ouverture de négociations avec le gouvernement afghan et 4) un engagement à ce que l’Afghanistan ne serve jamais de base à l’organisation d’entreprises terroristes menaçant la sécurité des États-Unis ou de leurs alliés. Cette entente est supposée mettre un terme à la guerre qui déchire le pays depuis l’intervention américaine déclenchée dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001[1].

Le processus ayant conduit à la signature finale a été accompagné d’un engouement médiatique marqué par une forme d’optimisme[2]. Toutefois, de nombreuses questions restent à régler au cours des négociations intra-afghanes (partage du pouvoir, protection des droits des femmes garantis par la Constitution de 2004, etc.), le gouvernement de Kaboul ayant été tenu à l’écart des pourparlers. Ces négociations, indispensables à l’apaisement d’un pays en guerre depuis l’invasion soviétique de 1979, ont pourtant fait l’objet d’un traitement annexe dans un accord visant avant tout à acter le départ des troupes américaines.

Alors que les négociations internes au pays étaient censées débuter le 10 mars 2020, une crise politique a éclaté au sommet de l’État entre deux prétendants à la présidence, Ashraf Ghani et Abdullah Abdullah. Chacun revendiquait la victoire à l’élection présidentielle du 28 septembre 2019, dont le processus chaotique de dépouillement des votes et l’annonce des résultats a duré des mois. Une situation qui a laissé le champ libre aux talibans pour poursuivre leurs actions militaires.

Le 17 mai, un accord est finalement signé entre Ghani et Abdullah, tandis que le 23 mai les talibans annoncent un cessez-le-feu de trois jours coïncidant avec l’Aïd-el-Fitr[3]. De plus, un processus d’échange de prisonniers se met en place. Ces éléments peuvent être lus comme une réelle volonté d’entreprendre des discussions entre le gouvernement afghan et les insurgés. En replaçant ces évolutions dans une perspective historique plus large et en analysant le déroulé des pourparlers, cet Éclairage vise à évaluer la portée réelle de l’accord de paix entre les États-Unis et les talibans.

La question est de savoir dans quelle mesure ces événements marquent une rupture dans un processus de pacification qui s’était mal engagé[4]. Pour répondre à cette interrogation, le texte procède en trois étapes. La première opère un retour historique sur les négociations et met en lumière l’attitude relativement laxiste des États-Unis dans les discussions devant clore la plus longue guerre de leur histoire. La seconde étape détaille les facteurs expliquant cette attitude et s’intéresse à l’inversion du rapport de forces à la table des négociations en faveur des talibans. Enfin, le texte revient sur la situation prévalant actuellement dans le pays en invitant à une interprétation prudente des récents événements. Ceux-ci, en effet, sont loin d’inciter à l’optimisme quant à l’établissement d’une paix durable.

Principaux jalons chronologiques de l’accord : de juillet 2018 à février 2020

L’origine de l’accord du 29 février 2020 peut être établie au dialogue engagé secrètement entre Américains et talibans en juillet 2018[5]. En septembre de la même année, côté américain, les négociations se structurent autour de Zalmay Khalilzad. L’ancien ambassadeur américain à Kaboul, qui rejoint le Département d’État en tant que conseiller spécial du président Donald Trump pour l’Afghanistan[6]. Les talibans font savoir lors des premières rencontres menées de juillet à décembre de cette même année que le retrait effectif des troupes étrangères d’Afghanistan est une condition sine qua non en vue de négocier une paix durable.

Le 24 février 2019, une nouvelle session de pourparlers s’engage avec le nouveau négociateur en chef des talibans, le mollah Abdul Ghani Baradar, cofondateur du mouvement. Issu d’« une tribu davantage habituée aux relations internationales que d’autres […] M. Baradar est partisan depuis longtemps des négociations »[7]. Son statut et sa personnalité semblent relancer un processus bloqué depuis le mois janvier[8].

Fin février, le Pentagone propose un plan prévoyant le départ de toutes les troupes américaines d’Afghanistan au cours des trois à cinq prochaines années (les autres forces de la coalition internationale partiraient dans le même laps de temps)[9].

Les discussions se poursuivent en août 2019. En  septembre, soit un an après que Trump l’ait nommé représentant spécial pour la réconciliation en Afghanistan, Khalilzad annonce que les États-Unis et les talibans sont parvenus à s’entendre autour des quatre sujets au cœur des négociations : le retrait des troupes, les assurances en matière de contre-terrorisme, le cessez-le-feu et l’ouverture d’un dialogue avec le gouvernement afghan[10]. Alors qu’il ne manquait que l’approbation finale du président américain, ce dernier annule au dernier moment la signature prévue à Camp David le 8 septembre 2019, en réponse à une attaque revendiquée par les talibans qui a tué un soldat américain et onze autres personnes à Kaboul[11].

Une semaine plus tard, les talibans font savoir au président Trump qu’ils sont toujours disposés à poursuivre le dialogue[12]. À la suite d’une visite-surprise du président américain aux soldats stationnés en Afghanistan dans le cadre des festivités de Thanksgiving, les négociations reprennent au mois de décembre. Celles-ci conduisent à un cessez-le-feu partiel de sept jours qui entre en vigueur le 21 février 2020 à minuit.

En consentant à une semaine de « réduction de la violence »[13], les talibans sont restés fidèles à leur ligne de conduite consistant à toujours refuser un cessez-le-feu complet avant le retrait des soldats ennemis. De l’autre côté, les Américains ont accepté d’accélérer ce mouvement : alors que le départ des troupes devait initialement se faire en trois à cinq ans, ils ont promis de réduire leur présence militaire d’à peu près 30 % (passant d’environ 12 000 soldats à 8 600) en 135 jours, avant que toutes les troupes étrangères ne quittent le pays dans les quatorze mois[14].

Au regard de la plus longue guerre de leur histoire, laquelle a fait plus de 2 400 tués dans leurs rangs et leur a coûté environ 2 000 milliards de dollars[15], les États-Unis semblent avoir fait preuve d’une attitude relativement laxiste dans ces négociations. Dès lors, il s’agit d’identifier les principaux facteurs expliquant cette attitude.

Un rapport de forces inversé en faveur des talibans

Le retrait des soldats américains est une promesse électorale que Donald Trump a réaffirmée en décembre 2018[16], à un moment où les négociations sont encore relativement peu avancées. L’anthropologue Georges Lefeuvre souligne à cet égard que « la déclaration de décembre 2018 avait inversé le rapport de forces au détriment de sa propre délégation, puisque le président Trump affichait alors son empressement d’en finir avant d’entrer en campagne pour sa réélection »[17]. Cette nouvelle configuration a permis au mollah Baradar de toujours refuser un cessez-le-feu – conçu par les Américains comme le préalable à la signature – avant le retrait des troupes et le moindre entretien direct avec des responsables afghans qualifiés par les talibans de « marionnettes » des États-Unis[18]. Cela explique en partie que le gouvernement de Kaboul n’ait pas été associé aux pourparlers et que le cessez-le-feu ait été remplacé par une semaine de diminution des violences.

Les talibans ont seulement accepté de s’engager à lutter contre le terrorisme et à garantir la sécurité du retrait des troupes, ce qui « est dans leur intérêt puisqu’il s’agit là du cœur de ce qu’ils appellent leur victoire [à savoir, la fin de l’occupation américaine] »[19].

Les critiques selon lesquelles les États-Unis concédaient beaucoup sans obtenir de contreparties tangibles ne se sont pas calmées[20], malgré l’assurance de l’administration Trump que les garanties antiterroristes obtenues constituaient un succès sans précédent[21]. Pourtant, sur ce dernier point, il s’agit de se demander si les deux parties partagent effectivement la même définition du terrorisme.

Le problème de définition ne concerne pas tant l’Organisation État islamique, que les talibans combattent sans relâche, mais Al-Qaida[22]. En effet, son chef, Ayman Al-Zawahiri, a fait allégeance au mollah Haibatullah Akhundzada, chef des talibans[23]. Dans le premier cercle de l’entourage d’Akhundzada, on trouve Seraj Haqqani, numéro deux de la direction exécutive des talibans, dont le père, Jalaluddin Haqqani, était très proche d’Al-Qaida et l’ancien chef du réseau du même nom[24]. Tout en fonctionnant avec des réseaux reliés à Al-Qaida, le réseau Haqqani, spécialisé dans les attaques suicides, est « une sorte de “filiale” des Talibans »[25]. Au vu de ces imbrications, la promesse de se déconnecter d’Al-Qaida semble difficile à tenir[26].

En outre, l’empressement du président Trump s’est conjugué à une situation de crise sur la scène politique nationale afghane. L’élection présidentielle du 28 septembre 2019 a été particulièrement tourmentée : moins d’un électeur sur cinq s’est déplacé aux urnes, des bureaux de vote ont été attaqués et le processus électoral a duré  plusieurs mois[27]. Le 18 février 2020, lorsque la victoire du président sortant, Ashraf Ghani, est officiellement annoncée, son principal adversaire, le chef de l’exécutif Abdullah Abdullah, conteste les résultats et déclare former son propre gouvernement. Au lendemain de la signature de l’accord de paix, les Américains ne pouvaient donc pas compter sur un relais solide pour s’assurer de la bonne mise en application des engagements pris à Doha, notamment la tenue des négociations internes au pays.

Une situation qui se débloque ?

Le 17 mai 2020, Ashraf Ghani et Abdullah Abdullah signent un accord de partage du pouvoir : le premier reste à la présidence et le second prend en charge les négociations de paix. Avec un pouvoir central qui n’est plus en déshérence, les talibans ont enfin un interlocuteur pour entreprendre des négociations qui étaient censées débuter le 10 mars. À cet égard, plusieurs gestes de bonne volonté (le cessez-le-feu de l’Aïd-el-Fitr, la réduction des violences qui s’en est suivie et la libération de prisonniers) peuvent être lus comme des avancées positives.

Néanmoins, au regard de la violence qui a suivi la signature de l’accord de Doha, ces récentes évolutions ne doivent pas faire l’objet d’une surinterprétation trop optimiste.

On note en effet que, le 17 avril 2020, Resolute Support — la mission de formation, de conseil et d’assistance à la lutte antiterroriste dirigée par l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) — a déclaré que du 1er au 31 mars, « les talibans se sont abstenus d’attaques contre les forces de la coalition ; cependant, ils ont augmenté les attaques contre [les forces de sécurité afghanes] à des niveaux supérieurs aux normes saisonnières »[28].

De plus, dans son rapport trimestriel sur la situation afghane, la Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA) se dit « gravement préoccupée par l’accélération de la violence observée en mars, principalement par les talibans contre les forces afghanes de sécurité nationale, et l’augmentation conséquente du nombre de victimes civiles [556, dont 213 tuées] et des dommages causés »[29].

Par ailleurs, dans un contexte où chaque camp tente d’être en position de force en vue des négociations internes au pays, la pandémie de coronavirus, qui touche aussi l’Afghanistan, semble plutôt avoir favorisé les talibans. En effet, communiquant efficacement sur leur lutte effective contre le virus dans les zones qu’ils contrôlent, ils ont réussi à renforcer encore un peu plus leur appui populaire face à un gouvernement qui peine toujours à renforcer sa légitimité[30].

Enfin, bien que Ghani et Abdullah aient réussi à se mettre d’accord, le gouvernement peine à présenter un front unitaire. Pour le professeur Gilles Dorronsoro, cette alliance « purement tactique, est susceptible d’éclater à tout moment [et] ne se serait d’ailleurs jamais produite si Washington n’avait menacé de supprimer une aide d’un milliard de dollars »[31]. Le pouvoir exécutif reste profondément tiraillé entre des tensions communautaires et tribales[32].

La violence qui a suivi la signature de l’accord, le renforcement de l’appui populaire dont les talibans ont bénéficié dans leur gestion de la crise liée au coronavirus et la faible légitimité d’un gouvernement afghan divisé accentuent une dissymétrie déjà présente lors des négociations de Doha, où, finalement, les Américains sont apparus comme la partie faible du contrat. En effet, la bonne mise en œuvre du traité final, notamment la tenue effective des négociations intra-afghanes, risque de pâtir si le calendrier de retrait serré auquel a consenti Washington laisse une marge de manœuvre significative, face à un gouvernement central toujours affaibli, à des talibans peut-être plus forts que jamais[33].

Auteur

Jonathan Bannenberg est chercheur au GRIP. Il est titulaire d’un master en science politique de l’Université libre de Bruxelles.

Crédit photo : Département d’Etat (Ron Przysucha/ Domaine public)

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pdfAfghanistan : quelles perspectives pour l’accord de « paix » entre les États-Unis et les talibans ?

[1]. Rapidement chassés du pouvoir (décembre 2001), les talibans n’ont jamais cessé de mener une guérilla active contre des États-Unis incapables de stabiliser le pays. Le conflit s’est enlisé, faisant, entre 2009 — depuis que la Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA) a commencé un recensement systématique — et 2019, 102 064 victimes civiles (35 518 tuées et 66 546 blessées) ; voir United Nations Assistance Mission in Afghanistan, Afghanistan: Protection of Civilians in Armed Conflict 2019, Kaboul, février 2020, p. 5.

[2]. Voir, par exemple, FOLLOROU, Jacques, « L’Afghanistan n’a jamais été aussi proche de la paix »,
Le Monde, 15 février 2020.

[3]. Fête musulmane marquant la rupture du jeûne du mois de ramadan.

[4]. Voir PAKZAD, Karim, « Afghanistan : vers la paix ou vers une nouvelle guerre ? », IRIS, 25 février 2020.

[5]. Voir SHAH, Taimoor, NORDLAND, Rod, « U.S. Envoys Said to Hold Direct Talks With Taliban », The New York Times, n° 58 038, 29 juillet 2018, p. A10.

[6]. Zalmay Khalilzad est un Américain d’origine afghane (il est né à Mazar-e Charif, dans le nord du pays). Dès 2001, à la suite de l’intervention américaine, sa connaissance du terrain conduit la Maison-Blanche à en faire son envoyé spécial dans la région. De 2003 à 2005, il est l’ambassadeur des États-Unis en Afghanistan.

[7]. LEFEUVRE, Georges, « Les trois jours qui ont ébranlé le destin de l’Afghanistan », Le Monde diplomatique, n° 781, avril 2019, p. 10.

[8]. Voir ibidem.

[9]. Voir GIBBONS-NEFF, Thomas, BARNES, Julian E., « Pentagon Plan Sees U.S. Clear Of Afghanistan », The New York Times, n° 58 253, 1 mars 2019, p. A1.

[10]. Voir GAOUETTE, Nicole, « US and Taliban reach agreement ‘in principle’ on Afghanistan, envoy says », CNN, 10 septembre 2019.

[11]. Voir STEWART, Phil, LANGE, Jason, « Trump says he canceled peace talks with Taliban over attack », Reuters, 7 septembre 2019.

[12]. Voir « Afghanistan war: Taliban tell Trump their ‘doors are open’ », BBC, 18 septembre 2019.

[13]. Voir QAZI, Shereena, « US-Taliban truce begins, raising hopes of peace deal », Al Jazeera, 22 février 2020.

[14]. Voir MAIZLAND, Lindsay, « U.S.-Taliban Peace Deal: What to Know », Council on Foreign Relations, 2 mars 2020. Voir aussi U.S. Department of State, Agreement for Bringing Peace to Afghanistan between the Islamic Emirate of Afghanistan which is not recognized by the United States as a state and is known as the Taliban and the United States of America, Doha, 29 février 2020, p. I-II.

[15]. Voir MAIZLAND, Lindsay, op. cit.

[16]. Voir GIBBONS-NEFF, Thomas, MASHAL, Mujib, « In Abrupt Shift, Trump Halves Size of U.S. Force in Afghanistan », The New York Times, n° 58 183, 21 décembre 2018, p. A1.

[17]. LEFEUVRE, Georges, « Débandade américaine en Afghanistan », Le Monde diplomatique, n° 793, avril 2020, p. 6.

[18]. Voir « Afghan peace talks: Taliban co-founder meets top White House envoy », BBC, 25 février 2019.

[19]. LEFEUVRE, Georges, « Débandade américaine en Afghanistan », loc. cit., p. 6.

[20]. Celles-ci se sont aussi fait entendre dans le camp républicain, à l’image de la députée Liz Cheney qui déplorait que l’accord final ne contienne aucun mécanisme de vérification permettant de s’assurer que les talibans respecteraient leurs promesses ; voir QUINN, Melissa, « Liz Cheney says U.S.-Taliban peace deal raises concerns like Iran nuclear deal », CBS News, 3 mars 2020.

[21]. À cet égard, voir l’interview du Secrétaire d’État des États-Unis, Mike Pompeo, sur la chaîne CBS : Face the Nation, CBS News, Washington, D. C., 1 mars 2020.

[22]. Voir LEFEUVRE, Georges, « Les trois jours qui ont ébranlé le destin de l’Afghanistan », loc. cit., p. 10.

[23]. Voir ibidem.

[24]. Voir LEFEUVRE, Georges, « Débandade américaine en Afghanistan », loc. cit., p. 6.

[25]. GOYA, Michel, « Les organisations combattantes irrégulières en Afghanistan », Stratégique, vol. 103, n° 2, 2013, p. 191.

[26]. Comme le démontre le rapport onusien de l’Équipe d’appui analytique et de surveillance des sanctions, S/2020/415, 27 mai 2020.

[27]. Voir MAIZLAND, Lindsay, op. cit. et LEFEUVRE, Georges, « Débandade américaine en Afghanistan », loc. cit., p. 6.

[28]. Special Inspector General for Afghanistan Reconstruction, Quarterly Report to the United States Congress, Arlington, VA, 30 avril 2020, p. 62 (nous traduisons).

[29]. United Nations Assistance Mission in Afghanistan, Afghanistan First Quarter Report on Protection of Civilians in Armed Conflict: 2020, avril 2020, p. 3 (nous traduisons).

[30]. Voir l’interview de Didier Chaudet : AMEL, Nabila, « Afghanistan : entre un accord des États-Unis avec les talibans au point mort et des violences en augmentation », France Culture, 6 mai 2020.

[31]. Cité par HAQUET, Charles, « Afghanistan : l’alliance entre Ashraf Ghani et Abdullah, une entente tactique et fragile », L’Express, 27 mai 2020.

[32]. Anthropologiquement, la dispute récurrente entre Ghani, dont la tribu des Ahmadzaï est originaire de la zone pachtoune, et Abdullah, de père pachtoune mais de mère panshirie, peut se comprendre par des profils contrastés qui expriment les fissures dont souffre l’Afghanistan : « d’un côté [Abdullah], un ancien moudjahidin qui n’a rien à prouver mais qui est vu comme un Tadjik par la majorité des Pachtounes ; de l’autre [Ghani], un intellectuel ayant complété ses études à Beyrouth, puis passé sa thèse d’anthropologie à l’université de Columbia, avant de devenir haut fonctionnaire à la Banque mondiale » ; RACINE, Jean-Luc, « La difficile transition afghane », Politique étrangère, n° 1, 2015, p. 90.

[33]. Comme le note Lindsay Maizland : « With an estimated sixty thousand fighters, [the Taliban] controls many districts throughout the country and continues to launch major attacks, including in Kabul and on Afghan security bases. » MAIZLAND, Lindsay, op. cit.

La COVID-19 en Afrique de l’Ouest : une gestion aux multiples facettes

Partie de la ville de Wuhan en Chine à la fin de l’année 2019, l’épidémie de COVID-19 s’est rapidement propagée aux quatre coins de la planète[1]. Aucun continent n’a été épargné par ce virus qui le 14 juin 2020, a déjà causé, à l’échelle mondiale, plus de 427 600 morts et 7 690 700 contaminations selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L’Afrique, un des derniers continents touchés, déplore à ce jour le décès de près de 4 000 personnes[2]. Alors que les chiffres de l’OMS relevés pour le territoire africain sont les plus bas, la Commission économique pour l’Afrique des Nations unies (CEA) estime que dans le meilleur des scénarios, « il se peut que 300 000 Africains perdent la vie à cause de la maladie[3] ».

La région ouest-africaine ne fait pas exception en Afrique et résiste au coronavirus en dépit des multiples défis, entre autres sécuritaires, auxquels elle est confrontée. En date du 12 juin 2020, malgré des facteurs potentiellement aggravants – tels le terrorisme, l’insécurité alimentaire et les mouvements migratoires – l’Afrique de l’Ouest affiche 1 032 décès et 48 720  cas confirmés[4] pour une population de plus de 400 millions d’habitants. Différents éléments sont avancés pour expliquer cette situation encourageante, notamment la pyramide des âges favorable (l’âge moyen est de 19,7 ans contre 42,5 ans en Europe) et la faible densité des populations, limitant la propagation[5].

La lente progression du virus observée jusqu’ici en Afrique contredit les thèses alarmistes occidentales[6]. Le philosophe Achille Mbembe s’insurge contre ces prédictions : « Le catastrophisme n’est pas une option. Le catastrophisme ne permet absolument pas de rendre compte des dynamiques de société très plurielles, très complexes et qui sont là depuis très longtemps, et qui savent mettre à profit les épreuves qu’elles ont endurées dans le passé[7]. »

L’analyse de situation en Afrique de l’Ouest rejoint ce propos. On y observe 1) que les enseignements tirés de la crise de l’épidémie d’Ebola de 2014 ont permis de préparer les sociétés à la pandémie et d’en ralentir la propagation et 2) une forte mobilisation et la créativité des populations afin d’informer ou à tout le moins de sensibiliser. On doit toutefois relever 3) que si les impacts sanitaires sont à ce stade circonscrits, il faut anticiper des répercussions sociales, économiques et politiques.

La crise Ebola : une source d’apprentissage

En 2014, la région ouest-africaine a été frappée de plein fouet par le virus Ebola. Alors que ce dernier, dont la présence sur le continent est connue depuis les années 1970[8], était jusque-là localisé en Afrique centrale et orientale, un nouveau foyer épidémiologique a vu le jour à l’ouest, en particulier en Guinée, en Sierra Leone et au Liberia. Prises de court, les autorités nationales ne sont pas parvenues à endiguer la propagation fulgurante du virus et à empêcher les milliers de morts qui ont suivi. Depuis, les gouvernements ont tiré des leçons de cette crise et se sont préparés afin d’agir rapidement et efficacement lors d’une nouvelle épidémie de grande ampleur… comme celle de la COVID-19.

À l’échelle régionale, à partir de janvier 2020, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) s’est attelée à l’élaboration d’un plan régional de riposte à la COVID-19[9]. Plusieurs objectifs ont été fixés, dont la production massive de masques, l’harmonisation de la gestion des lieux de culte ou encore le renforcement de l’Organisation ouest-africaine de la santé (OOAS)[10]. L’Union africaine (UA) a pris part à cette préparation collective en collaboration avec les centres africains de contrôle et de prévention des maladies[11].

Au niveau des gouvernements nationaux, dès que le nouveau coronavirus a été observé en Chine, les pays d’Afrique de l’Ouest ont réactivé leurs mécanismes de lutte, à savoir « les tests, l’isolation et le traçage des personnes en contact avec un malade[12] ». En mars 2020, les gouvernements burkinabè, guinéen, ivoirien, malien, nigérien et sénégalais ont annoncé l’état d’urgence sanitaire et ont accompagné la mesure d’un couvre-feu, de la fermeture des frontières, des écoles, des universités et de l’interdiction des rassemblements publics. Certains gouvernements, comme celui du Burkina Faso, où les premiers cas ont été diagnostiqués le 9 mars, ont également fait placarder des affiches rappelant les gestes barrières et imposé le port obligatoire du masque/bavette[13]. Dès le 3 mars, afin d’anticiper l’épidémie, le gouvernement burkinabè avait adopté un plan de préparation et de riposte axé sur la surveillance épidémiologique, le diagnostic et la communication. Son but était déjà de « réduire la morbidité et la mortalité dues à une éventuelle épidémie de COVID-19 au Burkina Faso.[14] »

Les initiatives régionales et nationales ont été renforcées par le comportement des populations d’Afrique de l’Ouest ayant elles aussi assimilé les leçons d’Ebola.

Dès l’annonce de l’arrivée prochaine du nouveau coronavirus, elles ont, par exemple, adopté les gestes barrières[15] recommandés par l’OMS. Au final, selon Catherine Kyobutungi, directrice de l’African Population and Health Research Center (APHRC), « les pays qui avaient déjà été confrontés à Ebola ont été plus rapides à réagir. Ils ont eu des réponses plus cohérentes face à la Covid-19 et ont mis en place une meilleure organisation[16] ».

Réactivité, créativité et mobilisation de la société civile

Les exemples illustrant la mobilisation de la société civile et l’implication des secteurs de la recherche et de l’innovation dans la lutte contre la COVID-19 sont nombreux. On relève notamment que le Réseau francophone des FabLab d’Afrique de l’Ouest (ReFFAO) a participé à la création d’un système automatisé de lavage des mains au Mali, au développement d’un système de distribution automatisé de gel antiseptique au Sénégal, ainsi qu’à la fabrication et la distribution gratuite de masques pour le personnel médical au Burkina Faso[17]. Aux côtés du gouvernement ivoirien, un réseau de dix startups s’est formé pour développer l’application AntiCoro utile pour suivre les potentiels porteurs du virus[18].

Dans un registre plus culturel, des rappeurs du mouvement citoyen sénégalais Y en a marre ont créé une chanson en wolof intitulée « Fagaru Ci Corona » (« prévenir le corona ») et tourné un clip vidéo dans lequel ils rappellent les gestes barrières et les symptômes de la maladie[19]. Dans plusieurs pays, des créateurs ont proposé leur aide pour la fabrication de masques. Au Sénégal, l’Atelier 221, un collectif de créateurs de mode, a lancé le projet « 1 Sénégalais 1 masque » dont l’objectif est de permettre à tous les Sénégalais de disposer de masques de protection efficaces et réutilisables[20].

La recherche scientifique s’est aussi mobilisée. L’antenne sénégalaise de l’Institut Pasteur a ainsi lancé une recherche en collaboration avec un laboratoire britannique pour créer des kits de tests sérologiques bon marché et rapides[21]. Une entraide entre États s’est également mise en place avec l’envoi de fonds, de denrées alimentaires, de masques et d’autre matériel médical aux hôpitaux de la sous-région.

Toutefois, les mesures préconisées par les centres africains de contrôle et de prévention des maladies se sont heurtées, à plusieurs reprises, à la résistance des populations des pays où elles ont été mises en œuvre. Ainsi, malgré le déploiement massif de policiers dans des villes ouest-africaines, plusieurs violations du couvre-feu ont été observées. Contrevenant au confinement, des réseaux clandestins de transport à l’intérieur des terres ont aussi vu le jour[22]. De plus, les forces de l’ordre ont dû faire face à de nombreuses manifestations dénonçant les violences policières et les mesures anti-COVID 19 (notamment au Niger et en Guinée où la majorité de la population est musulmane), en particulier lors de la fermeture des mosquées et en réponse à l’interdiction consécutive des prières collectives en pleine période de Ramadan[23]. Le centre de recherche International Crisis Group (ICG) rapporte que « certains ont interprété la décision de suspendre les prières collectives comme une intrusion inacceptable des autorités dans la pratique de leur foi.[24] »

D’autres difficultés viennent compliquer le respect des gestes barrières en Afrique de l’Ouest, comme la prédominance de l’économie informelle[25] et la précarité des populations vivant dans les bidonvilles. Selon la Secrétaire exécutive de la CEA Vera Songwe, « 56 % de sa population urbaine est concentrée dans des bidonvilles ou des habitations informelles et seulement 34 % des ménages africains ont accès à des installations de base pour se laver les mains.[26] » Par conséquent, les risques de contamination et de transmission sont bien plus élevés qu’ailleurs.

L’inquiétude face aux répercussions de la crise

Si jusqu’ici l’épidémie de COVID-19 est relativement contenue en Afrique de l’Ouest, il faut craindre une détérioration de la situation à court, moyen et long termes tant sur le plan sécuritaire, socio-économique que politique. Dans un rapport, l’ICG relève un certain nombre de tendances à surveiller en Afrique de l’Ouest[27].

Tout d’abord, il apparaît que les personnes résidant dans des zones de conflit sont plus vulnérables à la propagation du virus. Dans le contexte de la pandémie, la situation des déplacés internes et des réfugiés est encore plus préoccupante au regard des restrictions de voyage impactant les acteurs humanitaires et leurs chaînes d’approvisionnement. En conséquence, les délais d’acheminement de l’aide humanitaire se sont fortement allongés.

Le terrorisme est un autre risque majeur dans la mesure où certains groupes armés pourraient profiter de l’affaiblissement momentané des gouvernements pour mener de nouvelles offensives. Selon le Secrétaire général adjoint aux opérations onusiennes de maintien de la paix Jean-Pierre Lacroix, « la COVID-19 complique une situation sécuritaire déjà complexe au Sahel, avec des groupes terroristes qui exploitent la pandémie en intensifiant leurs attaques contre les forces nationales et internationales.[28] »

Une troisième préoccupation relevée est le risque potentiel d’explosion de violence due aux pressions politiques, sociales et économiques que les citoyens ont dû accepter ces derniers mois. Le risque est d’autant plus grand dans les pays où la confiance dans les institutions nationales est faible. L’ICG avait déjà soulevé ce problème lors de l’épidémie d’Ebola en Guinée en 2014 : « Dans un premier temps, le virus s’était propagé de façon incontrôlée, non seulement du fait du suivi épidémiologique limité et du manque de capacité et de réactivité du système de santé, mais aussi parce que les populations restaient sceptiques vis-à-vis des déclarations du gouvernement et de ses directives[29]. »

En outre, l’annonce d’une récession mondiale ne rassure pas les États dont les économies sont déjà fragilisées. Selon Abebe Aemro Selassie, Directeur du département Afrique du Fonds monétaire international (FMI), l’épidémie de COVID‑19 fait que

« la région [l’Afrique subsaharienne] est confrontée à un effondrement de la croissance économique, à un resserrement des conditions financières, à une forte baisse des prix des principaux produits exportés et à de graves perturbations de l’activité économique […]. La baisse des revenus accentuera les vulnérabilités existantes, tandis que les mesures d’endiguement et la distanciation sociale menaceront inévitablement les moyens d’existence d’innombrables personnes[30] ».

C’est particulièrement le cas pour les États aux économies peu diversifiées et dépendant des exportations de matières premières ou de produits agricoles dont la demande a chuté. On pense au Mali, contraint de baisser le prix aux producteurs de coton d’un tiers, ou encore à la Côte d’Ivoire, incapable d’écouler ses stocks de cacao et de noix de cajou. À ces facteurs, il faut encore ajouter la baisse des transferts d’argent des diasporas.

Sur la base de ces prévisions inquiétantes, le G20 a accepté, à la demande de l’UA, d’octroyer un moratoire de six mois sur la dette africaine[31]. Dans cette logique, des décaissements ont notamment été octroyés au Burkina Faso, au Niger et au Sénégal. Cependant, cette offre ne suscite qu’un engouement relatif au vu des conditions qui l’assortissent. Les pays bénéficiaires devront, entre autres, se montrer transparents et renégocier le règlement de leur dette privée internationale puisque les ressources dégagées par la proposition du G20 ne pourront être employées que pour répondre aux conséquences du nouveau coronavirus[32].

Enfin, les gouvernements sont susceptibles d’instrumentaliser la crise sanitaire afin de prolonger certaines mesures coercitives (par exemple, l’interdiction des rassemblements) au-delà de la fin de l’épidémie. L’argument sanitaire pourrait également être invoqué pour reporter arbitrairement les élections attendues fin 2020 en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, en Guinée et au Niger. Afin de limiter au maximum les répercussions de l’épidémie sur les processus électoraux, le président de la Commission de la CEDEAO et le représentant du Secrétaire général des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest ont formulé plusieurs recommandations. L’une d’entre elles expose « qu’il est important que la décision de maintenir ou de reporter les élections prévues cette année se prenne sur la base d’un consensus politique inclusif, et en tenant compte des recommandations des experts médicaux[33]», comme le fait actuellement le Burkina Faso en pleine concertation à ce sujet.

Toutefois, chaque pays ne gère pas la situation d’une manière identique. Dans le cas de la Guinée, il est à craindre que le report électoral nuise à la transparence et à la qualité des élections. Le président Alpha Condé a procédé à un double scrutin (élections législatives et référendum constitutionnel) vivement contesté le 22 mars[34]. Or, selon le think tank ouest-africain Wathi, Alpha Condé pourrait profiter de la conjoncture et de l’attention portée sur d’autres sujets pour se représenter aux élections présidentielles d’octobre 2020. À cela s’ajoute le fait que les mesures anti-COVID-19 seraient instrumentalisées par les autorités pour empêcher la mobilisation de la société civile en faveur de la démocratie[35].

Conclusion

Contredisant les prévisions, le continent africain est celui qui enregistre à ce jour la plus faible mortalité dans le cadre de la pandémie de COVID-19. Ces résultats ne sont pas sans lien avec les leçons que de nombreux pays africains ont tirées de l’épidémie d’Ebola de 2014. Cette crise sanitaire les a encouragés à élaborer des réponses rapides, préventives, multidimensionnelles et adaptées à une épidémie d’une ampleur similaire. En plus des plans de riposte nationaux et régionaux, les gouvernements ouest-africains ont pu compter sur la mobilisation des communautés et de la société civile dont les initiatives ont permis de soutenir les efforts des pouvoirs publics.

Cependant, cette apparente résilience de la sous-région ne doit pas occulter les risques des conséquences socio-économiques, politiques et sécuritaires de l’épidémie potentiellement plus problématiques que la crise sanitaire.

Auteure

Amandine Dusoulier est assistante de recherche au sein de la cellule « Conflits, sécurité et gouvernance en Afrique » du GRIP.

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pdf La COVID-19 en Afrique de l’Ouest : une gestion aux multiples facettes

 

[1]. READFERN Graham, « How did coronavirus start and where did it come from? Was it really Wuhan’s animal market? », The Guardian, 28 avril 2020.

[2]. « Coronavirus disease (COVID-19). Situation Report – 146 », Organisation mondiale de la santé,
14 juin 2020.

[3]. « Sans protection adéquate, le Covid-19 pourrait tuer 300.000 Africains cette année », Organisation des Nations unies, 17 avril 2020.

[4]. Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, « Lutte contre le Coronavirus (COVID-19) : perspectives ouest-africaines », Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), 12 juin 2020.

[5]. BRAECKMAN Colette, « Revanche de l’Afrique ou simple ‘ effet retard ‘ ? », Le Soir, 15 mai 2020.

[6]. En guise d’illustration, voici quelques extraits d’une note interne du Centre d’analyse, de prévision et de stratégie (CAPS) du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, dans laquelle il prévoit qu’en Afrique, « l’onde de choc à venir […] pourrait être le coup de trop porté aux appareils d’État » qui vont faire « massivement la preuve de (leur) incapacité à protéger les populations ». Selon lui, « anticiper le discrédit des autorités politiques signifie accompagner en urgence l’émergence d’autres formes d’autorités africaines crédibles pour s’adresser aux peuples afin d’affronter les responsabilités de la crise politique qui va naître du choc provoqué par le Covid-19 en Afrique… et sans doute ailleurs ».

[7]. MBEMBE Achille, « Coronavirus: « Chaque fois qu’il est question d’Afrique, c’est la catastrophe », propos recueillis par Carine FRENK, RFI, 22 avril 2020.

[8]. LOUNGOU Serge, « L’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest. Une mise en perspective des répercussions démo-géographiques, politiques et économiques », L’Espace politique, vol. 26, février 2015, p. 1.

[9]. BROU Jean-Claude Kassi, « La CEDEAO apporte son soutien aux États membres dans la lutte contre la propagation de la pandémie de Coronavirus 2019 (COVID-19) », Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, 21 mars 2020.

[10]. ANIAMEY.com, « COVID-19 : avec 5574 cas dont 147 décès, la CEDEAO prépare un plan régional de riposte », Aniamey.com, 24 avril 2020.

[11]. Organisation de coopération et de développement économiques, « When a global virus meets local realities: Coronavirus (COVID-19) in West Africa », Organisation de coopération et de développement économiques, 11 mai 2020, p. 10.

[12]. BELSOEUR Camille, « L’expérience d’Ebola a aidé certains pays africains à agir efficacement face au Covid-19 », Slate, 26 mai 2020.

[13]. L’épidémie de COVID-19 s’est propagée aux autres pays ouest-africains à quelques jours d’intervalle (le 2 mars au Sénégal, le 11 en Côte d’Ivoire, le 12 en Guinée, le 25 au Mali, le 29 au Niger, etc.).

[14]. AIB Media, « Coronavirus : Le Burkina Faso élabore un plan de préparation et de riposte »,
AIB Media, 3 mars 2020.

[15]. Pour rappel, les gestes barrières sont les suivants : se laver fréquemment les mains avec du savon ou du gel hydro-alcoolique, maintenir une distance de minimum un mètre avec les autres personnes, tousser/éternuer dans son coude en l’absence de mouchoir en papier et éviter de se toucher les yeux, le nez et la bouche (Organisation mondiale de la santé, « Mesures de protection essentielles contre le nouveau coronavirus »).

[16]. BELSOEUR Camille, op.cit.

[17]. Le Réseau francophone des FabLab d’Afrique de l’Ouest, « COVID19 : une communauté de Maker au ReFFAO pour lutter contre le virus », Le Réseau francophone des FabLab d’Afrique de l’Ouest, 20 avril 2020.

[18]. Digital Business Africa, « Côte d’Ivoire : l’application “Anticoro” entre dans la lutte contre le Covid-19… », Digital Business Africa, 21 avril 2020.

[19]. NARLIAN Laure, « Coronavirus : les chanteurs et musiciens africains font de la prévention en chanson », Franceinfo, 27 mars 2020.

[20]. TOURE Katia Dansoko, « De Dakar à Lagos, les créateurs africains s’engagent dans la fabrication de masques », Jeune Afrique, 21 avril 2020.

[21]. DE LESSEUX William, « Sénégal: de nouveaux tests sérologiques conçus par l’Institut Pasteur de Dakar », RFI, 28 avril 2020.

[22]. Seneweb News, « Louga-Touba : Un réseau de transport clandestin démantelé », Seneweb News, 27 avril 2020.

[23]. ANIAMEY.com, « Manifestations contre les mesures anti Covid-19 : 166 personnes encore interpellées dans la nuit du 20 au 21 avril, les échauffourées se poursuivent à Niamey », ANIAMEY.com, 22 avril 2020 et VALADE Carol, « Guinée: manifestations meurtrières dans plusieurs villes contre les barrages policiers », RFI, 13 mai 2020.

[24]. « Covid-19 au Niger : réduire les tensions entre Etat et croyants pour mieux contenir le virus », International Crisis Group, 23 avril 2020.

[25]. Plus de 80 % de la population active en Afrique de l’Ouest travaille dans le secteur informel. De manière générale, ces personnes ne disposent pas de réserves financières ni de revenus de chômage. Elles n’ont donc pas d’autre choix que d’aller travailler malgré les risques de contamination.

[26]. « COVID-19 : ce que fait l’ONU pour les populations des bidonvilles », Organisation des Nations unies, 21 avril 2020.

[27]. « Covid-19 et conflits : sept tendances à surveiller », International Crisis Group, Briefing spécial de Crisis Group n° 4, 24 mars 2020, 19 p.

[28]. Organisation des Nations unies, « Terrorist groups exploiting COVID-19 in Sahel, UN peacekeeping chief tells Security Council », UN News, 5 juin 2020.

[29]. « The Politics Behind the Ebola Crisis », International Crisis Group, Rapport Afrique n° 232,
28 octobre 2015, p. i.

[30]. « L’ONU affirme sa solidarité avec l’Afrique dans la bataille contre le Covid-19 », Organisation des Nations Unies, 15 avril 2020. Pour de plus amples informations, consulter le rapport du FMI intitulé « COVID-19: An Unprecedented Threat to Development » (avril 2020).

[31]. DEMBELE Demba Moussa, « Dette africaine : moratoire ou annulation ? », Financial Afrik, 23 avril 2020.

[32]. LINGE Idriss, « Report du remboursement de la dette : un soutien du G20 difficile à accepter pour beaucoup de pays africains », Agence Ecofin, 11 mai 2020.

[33]. IBN CHAMBAS Mohamed et KASSI BROU Jean-Claude, « Coronavirus : les droits de l’homme ne doivent pas être les oubliés de la crise », Jeune Afrique, 15 mai 2020.

[34]. ACHIK Sabrina, « Guinée : origines et risques de la crise constitutionnelle », Éclairage du GRIP,
18 février 2020, p. 7 et MACE Célian, « En Guinée, un double scrutin envers et contre tout », Libération, 23 mars 2020.

[35]. DIALLO Kamina, « Voter au heurt de la COVID-19 en Afrique de l’Ouest : à qui profite la crise ? » Wathi, 19 mai 2020.

 

Sanctions ciblées et maintien de la paix : quelle contribution à l’exécution du mandat de la MINUSMA ?

Les sanctions ciblées sont globalement perçues dans la littérature comme peu effectives, en raison notamment des stratégies d’adaptation et de contournement mises en œuvre dans bien de cas par certains acteurs visés. Cependant, la communauté internationale dispose de très peu d’outils alternatifs en la matière.

Dans le contexte malien, l’application des sanctions ciblées semble rencontrer des limites, étant donné que certains acteurs sanctionnés sont peu « internationalisés ». De plus, les sanctions tendent à renforcer le pouvoir de certains contrevenants aux Accords de paix, à travers le phénomène du « rally ‘round the flag ». D’une manière générale, ces sanctions ciblées sont perçues localement comme arbitraires et infondées, entraînant la réticence de certains segments de la population envers la présence de la communauté internationale sur le territoire malien, particulièrement celle des Casques bleus…

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Crédit photo : UN Photo/Loey Felipe

Consulter le site de l’Observatoire Boutros-Ghali du maintien de la paix

L’Irak face aux risques de sécurité liés à l’environnement

Dans la déstabilisation multifactorielle qui frappe l’Irak, le rôle joué par les enjeux environnementaux est une problématique souvent laissée au second plan. Or, loin d’être un aspect entrant peu en ligne de compte, les dérèglements tels que les changements climatiques ou le manque d’accès aux ressources nourrissent les conflits voire accélèrent les menaces. Ces aspects qui se retrouvent aussi bien au niveau local que national voire régional s’imposent d’autant plus fortement par une gouvernance inefficace qui renforce les griefs et ressentiments de la population. Sans la mise en place de mesures efficaces destinées à lutter contre les dégradations environnementales, l’Irak s’expose à de nouvelles déstabilisations aussi bien économiques que sociales et politiques…

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